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La croix des conscrits

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Adresse(s):
VĂ´ye di Brâ , 0, 4190    Ferrières (   Le Raumont ) (    Ferrières -    Liège -    Wallonie -    Belgique )
Catégorie(s):
   Croix 
(   Croix    Monuments religieux    Patrimoine monumental    Patrimoine    CatĂ©gories)
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Informations

( Ferrières, Vôye di Brâ)

( Ferrières, Vôye di Brâ)

( Ferrières, Vôye di Brâ)

( Ferrières, Vôye di Brâ)

( Ferrières, Vôye di Brâ)

( Ferrières, Vôye di Brâ)
Cela se passait un peu après 1800, au moment où les armées de Napoléon Bonaparte, engagées dans des batailles
ruineuses et meurtrières, s'efforçaient d'enrôler, dans leur sein, les hommes des pays conquis. Pour notre contrée,
le lieu de rassemblement était Aywaille ...., de là , ces hommes arrachés à leur foyers étaient affectés à un
régiment français dont ils devaient désormais partager les destinées, qui ce fût sur les bords du Danube, dans les
plaines du PĂ´ ou les mornes steppes de Russie.
Le canton de Ferrières eut aussi sa part dans les visées de l'agent impérial chargé du recrutement. Mais celui-ci
n'y a eu pas la tâche aisée.
Les vieilles chroniques nous apprennent qu'au cours des années 1806 à 1810, notre canton comptait 18 réfractaires :
1 à Vieuxville, 2 à Izier, 1 à Harzé, 2 à Ferrières, 2 à Xhoris, 2 à Villers-Ste-Gertrude, 1 à Filot, 2 à Ozo,
1 Ă  Werbomont, 4 Ă  Harre.
Mais, soit par crainte entièrement justifiée, soit par suite de circonstances exceptionnelles défavorables, tous ne
purent Ă©chapper et parmi eux ....
Reportons-nous au témoignage de Pauline Gérardy de Burnontige, dont les 92 ans n'ont guère altéré l'esprit subtil
fait de ces délicieux souvenirs du bon vieux temps.
La grand-mère paternelle de la bonne vieille Pauline avait deux frères : MATHIEU Jean-Léonard et Mathieu Henri (ce
dernier prénom n'ayant pu être vérifié avec exactitude). Ils habitaient le Burnontige dans la maison encore
dénommée : " A mon Lîna ".
L'ordre fatal étant arrivé, il fallut partir à la guerre avec Aywaille comme premier but d'étape. C'est ainsi que
les frères MATHIEU quittèrent Le Burnontige par le chemin passant devant leur demeure et gagnant " So Rômont " en
ligne droite.
La famille, père, mère, amis et connaissances les suivirent du regard aussi longtemps que possible. Hélas !, ils ne
devaient jamais revenir ! Jean Léonard mourut à Lille, dans un hôpital militaire, le 31 décembre 1809, son frère
ayant donné sa vie pour l'Empereur quelque part dans la campagne de Russie.
C'est à cet endroit où on les aperçut pour la dernière fois du Burnontige qu'on éleva une modeste croix de bois ...
la croix MATHIEU, autrement dénommée " Creu del Hé dè Pouhon " ou aussi " Creu d'zos Rômont ". Le montant de la
croix telle qu'elle nous apparaît aujourd'hui date encore de l'époque qui la vit édifier.
Il est assez malaisé de définir l'emplacement précis de cet antique calvaire, qui se dresse sur la limite séparant
les communes de Ferrières et d'Izier, les provinces de Liège et de Luxembourg. Il est sis non loin du sentier qui
relie " So Rômont " au Burnontige, à quelques trois ou quatre cents mètres de ce dernier village. On peut aussi y
accéder en partant de la chapelle Sainte-Barbe (monument Lahaye-Thiry).

Qu'il nous soit permis, dans le cadre de cette brève chronique, de suggérer au Syndicat d'initiative de planter
quelques plaques indicatrices destinées à guider les pas des curieux et aussi d'assurer la conservation de ce
mémorial, tout en respectant le plus longtemps possible son cachet particulier.
Les coquettes maisons du Burnontige riant et tranquille, des prairies, quelques champs cultivés, le plateau de
Wezômont et ses grands bois forment un délicieux contraste. A droite, le clocher de l'église Saint-Antoine se
détache de ce décor rustique comme pour offrir une cible idéale aux vents d'Ardenne ...
Des lieux-dits, emplis de poésie, émaillent ce paysage champêtre : " Li Hé Paquette ", " Li Hé del'grosse Pîre ",
" Li hoûrlé dè Fond ", " Li Hé des Dames " ...
La croix Mathieu, témoin d'une époque déjà bien lointaine, évoque pour nous une histoire reçue des veillées de
nos ancètres. Sa touchante simplicité, sa solitude, sa situation merveilleuse nous invitent au recueillement de
l'âme.

(M.C. Le canard de Ferrières 2/1958 )