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Le Pré du Fa

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Adresse(s):
Pré du Fa , 0, 4190    Ferrières (   Ferrières Centre ) (    Ferrières -    Liège -    Wallonie -    Belgique )
Catégorie(s):
   Rues 
(   Organisation territoriale    Organisation territoriale    Organisation territoriale    Patrimoine    Catégories)
.
Informations
Des nombreux lieux-dits rencontrés dans la commune, celui-ci est, certes, l'un clés plus familiers et des plus
sympathiques.
A dessein, nous avons donné à "Pré de Fa" une graphie strictement phonétique, c'est-à-dire représentant seulement
la prononciation actuelle en wallon. Cette graphie diffère de celle qu'on voit communément. Quelle est la vraie
orthographe à employer ? Nous examinerons cette question plus loin.

LOCALISATION :

Une tendance récente fait commencer "Li Pré de Fa" (en partant du centre) avec "La Bécasse" et le terrain de
football. Toutefois la tradition, confirmée par les anciens du village comme d'ailleurs par les plans et cartes, vous
diront que "Li Pré de Fa" commence avec la maison Pasquasy-Demptinne et que son centre est représenté par la belle
vieille habitation occupée présentement par Mr. et Mme. Henrard (propriété Gillain). Le terrain de football se
trouve en fait dans le lieu-dit dénommé "So lès Brèssènes" (en vieux liégeois "brassine" ; en français moderne
"brasserie" ). Ce lieudit monte vers le sud jusqu'à une grosse haie très visible. (Y a-t-il eu des "brèssènes" en
cet endroit ? C'est une affaire à élucider et peut-être y reviendrons-nous). La maison Léon Fagnoul se trouve donc
elle aussi dans "Les Brèssènes". Quant à "La Bécasse" elle se situe dans le lieudit appelé "So lès Cwarès". Ce
dernier part des environs de la maison Rouxhet, s'étend jusqu'à proximité de la maison Pasquasy ainsi que vers les
fonds à l'est.

Nous constatons une fois de plus ce phénomène: beaucoup de noms de lieux-dits disparaissent et il ne s'en crée que
rarement de nouveaux. Ce sera peut-être le sort de "So lès Cwârès" et de "So lès Brèssènes" d'être absorbés par
"Li Pré de Fa" et finalement de disparaître du langage. Au-delà de la maison Pasquasy, les prairies en contrebas de
la courbe du chemin (face à la maison Henrard) appartiennent au lieudit "Pré à Bwès". Au-delà : "Terre Flatî",
"Bwès Cola l'Moûnî" (oralement Colâ Mounî), etc. Les anciens du village se rappelleront que sur l'assise de la
maison Pasquasy il y a eu une autre maison appartenant à un certain Pire qui revendit tout l'emplacement au Docteur
Demptinne, d'où l'origine de la construction actuelle. Dans le chemin qui part de la route principale et conduit à la
maison Henrard, on peut voir sur la gauche les restes d'une petite habitation. Une quatrième demeure se serait trouvée
approximativement en face de la maison Pasquasy. De tout quoi il résulte que, d'abord, "Li Pré de Fa" représenterait
en fin de compte un espace relativement restreint; ensuite qu'il aurait désigné un hameau de trois ou quatre maisons
après avoir été sans doute un simple lieudit terrien. Il n'est pas sans intérêt de signaler que le vieux sentier
raviné qui grimpe dans le versant en face de la maison Pasquasy était un chemin carrossable conduisant au Thier
(carrossable dans le sens du temps passé, où donc passaient chevaux, charrettes et tombereaux).

QUE SIGNIFIE "PRE DE FA" ET SURTOUT LE TERME "FA" ET VERS QUELLE EPOQUE A-T-IL PRIS NAISSANCE ?

L'époque en question ne sera qu'approximative car elle ne peut être fixée que par comparaison et analogie, on le
verra plus loin. Quant à la signification du lieudit nous pourrons l'établir clairement grâce à des recherches
effectuées par des spécialistes en la matière dont l'un a construit sa thèse en partant précisément d'un autre
lieudit de Ferrières. Mais auparavant, il faut que le lecteur se pénètre d'un certain nombre de principes car nous
abordons une véritable science relativement nouvelle appelée toponymie qui n'est pas simple et en faveur de laquelle
s'impose la lumière de gens avertis et peu nombreux.

Nous avancions dans un premier article que la toponymie (ou science des noms de lieu) n'est pas simple - qu'il était
nécessaire de se pénétrer d'un certain nombre de principes - et que les spécialistes en la matière, par ailleurs
peu nombreux, doivent être consultés attentivement.

LES PRINCIPES :

1. Tout d'abord - et cette observation est capitale - il faut commencer par considérer le toponyme (nom de lieu) comme
on le prononce en wallon (Il s'agit de notre région, bien entendu).
Pourquoi ? parce que le mot a été créé pour les gens de l'endroit et dans leur langue. Cette langue est le wallon
actuel si le nom est récent, mais le cas est rare. Dans le plus grand nombre des cas, le mot a été créé dans le
passé par nos ancêtres dans la langue qui était la leur à cette époque, mais dont est sorti en fin de compte le
wallon actuel. En fait donc tout nom de lieu est actuellement un d'abord un mot wallon. Les noms de lieu viennent par
conséquent presque toujours de loin et souvent même de très loin: des premiers gaulois, arrivés vers l'an 1000 avant
J-C; des Belges, autres gaulois, venus de l'est du Rhin aux 8e et 7e siècle avant J-C.; des Romains, dès le 1er
siècle avant J-C qui apportent la langue latine; des Germains, surtout les Francs au 4e siècle qui apportent des
langages germaniques; du Roman, 5e au 12e siècle avec sa série de langages dérivés du latin, sous l'influence des
Germains après leurs invasions. Du Roman sont sortis le Français (d'abord le vieux Français), l'Italien, l'Espagnol,
le Portugais, le Roumain et... le Wallon. Le wallon est donc le frère jumeau des langues précitées ; il n'est pas un
patois dérivé du français. Pour rechercher le sens et l'origine d'un nom de lieu dans notre région, le toponymiste
prend donc le mot tel qu'on le trouve dans le wallon actuel, puis..." il remonte la filière". Nous nous excusons de
devoir nous étendre ainsi, mais c'est nécessaire pour qu'on se rende compte de la complexité du travail des
toponymistes.

2. Cette complexité est encore augmentée du fait que des déformations, des malformations, des déviations, des
simplifications du langage ont altéré les termes au cours des temps.

3. Les graphies (manière d'écrire) officielles qu'on trouve dans les cartes et les plans cadastraux sont souvent
trompeuses. C'est ainsi que sous le régime français (1795 à 1815) qu'a voulu établir le cadastre, les noms de lieu
ont été souvent écrits en dépit du bon sens et sont restés tels dans nos cartes et plans actuels. Ce qui est
étrange et regrettable, c'est que notre administration "belge" n'ait pas encore pris la peine de réviser ses plans et
cartes et continue à se servir de la terminologie souvent ridicule des Français de 1800.

4. Traduire en français les noms de lieudit est souvent impossible. "So lès Aguèsses " peut-il devenir " Sur les pies
" ou " Sur les cors de pieds " ? ... Ne craignons donc pas d'exprimer par la parole et par l'écriture les noms de
lieudit en wallon tout en parlant français ; c'est le seul moyen de conserver leur sens. Ce qui est primordial, (et
leur saveur) , car tous ont un sens mais que nous ne retrouvons pas toujours. Le wallon est une langue riche qu'il ne
faut pas mépriser.

ERPE (Le Canard 1968)

"PRE DE FA" ou "PRE DU FAT" ?

Cette deuxième orthographe est celle qu'on rencontre couramment. Que faut-il en penser ? Remarquons d'abord que cette
forme est la francisation du nom wallon, mais qu'elle n'est pas la traduction puisqu'elle n'en conserve pas le sens.
"FAT" (avec T) signifie "sot, prétentieux". Voyez-vous uniquement la curieuse et peu flatteuse signification du terme
français "Pré du Fat" ? Sans doute à Ferrières personne ne lui attribue ce sens. Mais les étrangers ? Sans doute
aussi celui qui le premier a écrit "Pré du Fat" a-t-il été inconsciemment influencé par le mot français et
n'a-t-il pas prévu qu'il changeait le sens du toponyme et lui enlevait totalement l'idée de "fagne, terrain fangeux".
Sans doute encore, faut-il bien tenir compte de l'habitude qui est une seconde nature surtout quand elle est prise
depuis longtemps. Dès lors, à notre humble avis, on doit bien se résigner à admettre (ou à supporter) "Pré du Fat"
tout en lui préférant , pour garder le sens, "Pré dè Fa" ce qui n'est nullement impossible (il suffit de renverser
l'habitude).
Ajoutons que l'orthographe du wallon est régie par une grammaire et des dictionnaires comme toutes les langues. Le
système Feller (1900) a été admis par tous les écrivains, grammairiens et linguistes wallons.

ERPE (Le Canard 1969).

( Ferrières, Pré du Fa)